Afrique francophone : ce que les régulateurs publient — et ne publient pas — sur les jeux en ligne non autorisés
Pour la presse et la recherche
Nous avons cherché, pays par pays, le chiffre officiel des jeux en ligne non autorisés dans les cinq principaux marchés d'Afrique francophone — Maroc, Sénégal, Côte d'Ivoire, Cameroun et RD Congo — en ne retenant que les chiffres que les autorités publient elles-mêmes. Trois publient une estimation ; deux n'en publient aucune. Pour la seule Côte d'Ivoire, le ministère des Finances compte plus de 500 sites non autorisés. La comparaison paraît dans un moment réglementaire actif : le Sénégal a fermé sa liste des plateformes autorisées en juillet 2026, et le nouveau cadre congolais est entré en vigueur cette année sans qu'aucun opérateur ne figure encore au registre public. Nous publions les trois chiffres avec leur périmètre exact, et nous documentons les deux absences : dans cette région, ce qu'un régulateur choisit de mesurer — ou de ne pas mesurer — est déjà une information.
- Côte d'Ivoire : plus de 500 sites non autorisés identifiés par le ministère des Finances, pour un chiffre d'affaires annuel estimé à 6 milliards de FCFA.
- Maroc : environ 40 % des mises partiraient vers des opérateurs non régulés, selon la MDJS elle-même.
- RD Congo : un secteur estimé entre 1,6 et 1,7 milliard de dollars, dont à peine 1 million parvenu au Trésor, selon le ministre des Finances.
- Méthodologie publique : chaque chiffre vient d'un document de régulateur, de loterie nationale ou de ministère, cité en référence ; aucun chiffre d'institut privé dans le tableau.
- Le jeu de données complet — pays, chiffre, périmètre, année et source pour chaque ligne — est joint à cette page, en téléchargement libre (CSV).
Toutes nos études publiées — données libres de réutilisation
À retenir
- Cette page compare les estimations officielles des jeux en ligne non autorisés dans cinq pays d'Afrique francophone, uniquement à partir de chiffres publiés par les régulateurs, les loteries nationales et les ministères.
- Le lecteur y trouve, pays par pays, le chiffre publié, son périmètre exact, son année et son document source — ou la mention explicite qu'aucun chiffre n'existe.
- Trois pays publient une estimation (Maroc, Côte d'Ivoire, RD Congo) ; deux n'en publient aucune (Sénégal, Cameroun), et cette absence est documentée, pas comblée.
- Aucun total régional n'est calculé : les trois chiffres publiés ne mesurent pas la même chose, et les additionner fabriquerait une précision qui n'existe pas.
- Pour la presse : données libres de réutilisation avec citation de la source ; le fichier CSV complet est téléchargeable depuis cette page.
- 18+ — risques de perte financière et de dépendance : fixez vos limites avant de jouer.
Ce que cette page ajoute
Notre page de statistiques sur les jeux crash au Maroc et en Afrique documente le marché marocain et les agrégats continentaux — Gaming Compliance International y estime que 77 % du revenu des jeux en ligne africains passaient hors des sites licenciés en 2025. Elle ne descend pas au niveau de chaque pays francophone, et ses chiffres viennent d'instituts privés.
Cette page fait l'inverse : aucun agrégat d'institut, uniquement ce que les autorités des cinq pays publient elles-mêmes, pays par pays — y compris lorsque la réponse est « rien ». Nous n'avons trouvé aucune mise côte à côte de ces positions officielles ; c'est le manque que cette comparaison comble.
Le tableau comparatif
Chaque ligne reprend l'estimation telle que son autorité l'a publiée, avec le périmètre qu'elle lui donne. Les lignes ne sont pas interchangeables : une part de mises, un montant de chiffre d'affaires et un écart de capture fiscale racontent trois réalités différentes.
| Pays | Autorité | Estimation publiée | Périmètre | Année | Source |
|---|---|---|---|---|---|
| Maroc | MDJS | ≈ 40 % des mises vers des opérateurs non régulés ; ≈ 3,5 milliards MAD de paris offshore par an | Paris en ligne | 2025–2026 | MDJS via Le Desk ; iGaming Business |
| Côte d'Ivoire | Ministère des Finances | Plus de 500 sites non autorisés ; chiffre d'affaires annuel estimé : 6 milliards FCFA ; perte fiscale estimée : 180 millions FCFA | Paris sportifs / jeux en ligne non autorisés | 2020 | Présentation de la loi n°2020-480 |
| RD Congo | Ministère des Finances | Secteur estimé à 1,6–1,7 milliard USD (exercice 2024) ; à peine 1 million USD parvenu au Trésor | Secteur entier — écart de capture fiscale, pas une part offshore mesurée | 2025 | Déclaration du ministre, 29 septembre 2025 |
| Sénégal | LONASE | Aucune estimation publiée | Périmètre publié : liste fermée de 17 plateformes autorisées ; tout autre site déclaré clandestin | 2026 | Communiqué LONASE, juillet 2026 |
| Cameroun | Ministère en charge des jeux | Aucune estimation publiée | Régime d'autorisation en vigueur ; aucune liste publique des opérateurs autorisés localisée | 2019 | Loi n°2015/012 ; décret n°2019/2300/PM |
Jeu de données complet : les lignes de cette comparaison (pays, autorité, estimation, périmètre, année, source et statut pour chacune), au format CSV — le tableau exact dont sont tirés tous les chiffres publiés ici. Télécharger le CSV
Le fichier est librement réutilisable : citez Chicken Road Productions comme source.
Explorateur : la position officielle, pays par pays
Choisissez un pays pour afficher sa position officielle telle que nous l'avons relevée : autorité compétente, estimation publiée ou absence documentée, périmètre, année et document source.
Maroc
- Autorité
- MDJS (La Marocaine des Jeux et des Sports)
- Estimation publiée
- ≈ 40 % des mises échapperaient aux opérateurs régulés (MDJS) ; ≈ 3,5 milliards MAD de paris offshore par an
- Périmètre
- Paris en ligne
- Année
- 2025–2026
- Source
- MDJS via Le Desk ; iGaming Business, septembre 2026
Recherche effectuée le 26 octobre 2026
Maroc : le seul pays où l'opérateur public publie une part
La MDJS, opérateur public en situation de monopole, estime qu'environ 40 % des mises des joueurs marocains partent vers des opérateurs non régulés [3]. La presse spécialisée évalue en parallèle les paris offshore à environ 3,5 milliards MAD par an, en présentant ce montant comme le seul chiffre disponible pour le marché marocain non régulé [4].
Le Maroc est le seul des cinq pays où l'autorité publie une part — environ 40 % — plutôt qu'un montant. C'est aussi le marché où l'écart est structurel : aucun opérateur de paris en ligne n'est licencié localement, donc toute l'offre en ligne est, par construction, hors du périmètre régulé.
Côte d'Ivoire : le chiffrage le plus complet, publié par le ministère des Finances
En présentant la loi n°2020-480 au Sénat, le ministre des Finances Adama Coulibaly a chiffré le phénomène : au niveau des paris sportifs, plus de 500 sites internet proposant des jeux en ligne sont accessibles depuis la Côte d'Ivoire sans autorisation ; leur chiffre d'affaires annuel est estimé à 6 milliards de FCFA, soit une perte fiscale estimée à 180 millions de FCFA pour l'État [1]. C'est, des cinq pays, le seul chiffrage officiel qui donne à la fois un nombre de sites, un montant et une perte fiscale.
Le cadre a depuis été durci : depuis le 1er janvier 2024, le décret n°2023-945 réserve l'exploitation des jeux en ligne à la LONACI et à ses partenaires approuvés, et la loi permet à l'ARJH d'ordonner aux fournisseurs d'accès le blocage des sites non autorisés [2]. À titre d'ordre de grandeur — c'est notre calcul, à partir des documents cités — les 6 milliards de FCFA estimés en 2020 représentent environ 1 % du chiffre d'affaires 2024 de la LONACI (579,30 milliards de FCFA) [9] : le phénomène était déjà documenté, et chiffré comme marginal en valeur relative, avant même le durcissement.
RD Congo : un écart de capture fiscale, pas une part offshore
Le 29 septembre 2025, le ministre des Finances Doudou Fwamba a déclaré que, selon les études citées par son ministère, le secteur des jeux d'argent avait réalisé entre 1,6 et 1,7 milliard de dollars de chiffre d'affaires sur le dernier exercice budgétaire (2024), alors qu'à peine 1 million de dollars était parvenu au Trésor ; le cadre réformé pourrait, selon lui, générer plus de 100 millions de dollars de recettes fiscales annuelles [5].
Nous publions ce chiffre pour ce qu'il est : un écart de capture fiscale sur l'ensemble du secteur, avancé par le ministère dans un contexte de réforme — pas une mesure de la part offshore. La réforme a suivi : l'ordonnance-loi n°25/293 du 15 décembre 2025 a confié l'enregistrement et la régulation au seul ministère des Finances, les opérateurs devaient se faire accréditer auprès de la CSJA avant le 31 mars 2026 [10], et le registre public ne comptait encore aucun opérateur accrédité en septembre 2026, selon le guide sectoriel GameBridge.
Sénégal : un périmètre publié, aucun chiffre
La LONASE ne publie pas d'estimation des flux non autorisés. Elle publie un périmètre : en juillet 2026, un communiqué a fermé la liste des plateformes de paris en ligne autorisées à 17 noms, déclaré clandestine toute plateforme absente de la liste, et annoncé des poursuites contre les promoteurs et les intermédiaires de paiement complices [6]. Tout site hors liste est illégal par définition — mais la LONASE ne dit ni combien ils sont, ni combien ils pèsent.
Le seul contexte chiffré vient du ministère des Finances : la taxe de 20 % instituée par la loi n°17/2025 (novembre 2025) a rapporté 40,9 milliards de FCFA au premier trimestre 2026, et la prévision annuelle de recettes a été révisée de 300 à 120 milliards de FCFA. Une révision de prévision n'est pas une mesure de la fuite : nous la citons comme contexte, pas comme estimation.
Cameroun : un régime sur le papier, ni mesure ni liste publique
Le Cameroun dispose depuis 2019 d'un régime d'autorisation complet sur le papier : la loi n°2015/012 et le décret n°2019/2300/PM soumettent les paris sportifs en ligne à des autorisations ministérielles de cinq ans ; un opérateur étranger doit créer une filiale locale, déposer une garantie bancaire de 200 millions de FCFA, et rendre sa plateforme accessible uniquement via un domaine en .cm ; le casino en ligne n'entre dans aucune catégorie autorisée [7].
Mais aucune estimation des flux non autorisés n'est publiée, et nous n'avons localisé aucune liste publique des opérateurs effectivement autorisés. Le périmètre légal existe donc sans mesure publique de ce qui s'en échappe — ni même de ce qu'il contient.
Pourquoi deux pays sur cinq ne publient aucun chiffre
Les cinq positions se rangent en trois postures. Deux autorités mesurent : la MDJS publie une part (environ 40 %), le ministère ivoirien des Finances un montant et une perte fiscale. Une autorité argumente : le ministère congolais publie un écart de capture pour justifier sa réforme. Deux autorités délimitent sans mesurer : la LONASE publie la liste des autorisés, le Cameroun un régime d'autorisation — le « légal » est défini, le « hors circuit » n'est jamais compté.
L'absence n'est pas une exception régionale. Une étude comparative portant sur 41 pays d'Afrique subsaharienne où les jeux sont régulés trouvait que seuls 2 régulateurs publiaient des rapports annuels en continu [8]. Dans ce contexte, les trois chiffres de notre tableau sont des exceptions documentées — et les deux cases vides sont l'état normal de la région, que nous publions comme tel plutôt que de le remplir avec des estimations privées non vérifiables.
Méthode et limites
Nous n'avons retenu que des chiffres publiés par une autorité du pays concerné : régulateur, loterie nationale, ministère. Chaque ligne du tableau reprend le périmètre du document source ; lorsqu'un chiffre circule sans document officiel identifiable, il est exclu — c'est le cas de plusieurs estimations privées qui circulent pour le Sénégal et le Cameroun.
Trois limites à connaître avant de réutiliser ces chiffres. Premièrement, les périmètres diffèrent (part de mises, chiffre d'affaires de sites non autorisés, écart fiscal sectoriel) : aucun total régional n'a donc été calculé. Deuxièmement, les années diffèrent (2020 pour la Côte d'Ivoire, 2024–2026 pour les autres) : les lignes décrivent l'état de la publication officielle, pas un classement à date unique. Troisièmement, deux chiffres reposent sur des relais de presse de déclarations officielles (MDJS via Le Desk ; ministre congolais via mediacongo.net et Mining & Business), faute de publication directe accessible ; ils sont signalés comme tels dans les références.
Questions fréquentes
Quel pays publie l'estimation la plus complète ?
La Côte d'Ivoire : son ministère des Finances est le seul à publier à la fois un nombre de sites non autorisés (plus de 500), leur chiffre d'affaires estimé (6 milliards de FCFA par an) et la perte fiscale associée (180 millions de FCFA). Le Maroc publie la seule part de marché (environ 40 % des mises, selon la MDJS).
Pourquoi aucun total pour l'Afrique francophone ?
Parce que les trois chiffres publiés ne mesurent pas la même chose : une part de mises au Maroc, un montant de chiffre d'affaires en Côte d'Ivoire, un écart de capture fiscale en RD Congo. Les additionner fabriquerait une précision qui n'existe dans aucun document source.
Pourquoi le Sénégal et le Cameroun n'ont-ils pas de chiffre ?
Parce que leurs autorités n'en publient pas. La LONASE publie la liste des 17 plateformes autorisées (juillet 2026) sans estimer les flux hors liste ; le Cameroun a un régime d'autorisation depuis 2019, sans estimation publiée ni liste publique des opérateurs autorisés que nous ayons pu localiser. Nous publions ces absences comme des résultats, pas comme des cases à remplir.
Où sont les données et puis-je les réutiliser ?
Le jeu de données complet est téléchargeable en CSV depuis cette page (lien sous le tableau comparatif). Il est librement réutilisable : citez Chicken Road Productions comme source.
Références
- Ministère des Finances et du Budget (Côte d'Ivoire), « Régime juridique des jeux de hasard en Côte d'Ivoire » — présentation du projet de loi par le ministre Adama Coulibaly, finances.gouv.ci, 2020
- Loi n°2020-480 du 27 mai 2020 portant régime juridique des jeux de hasard en Côte d'Ivoire (art. 39 : blocage des sites non autorisés), Assemblée nationale
- MDJS, chiffres repris par Le Desk et la presse marocaine
- iGaming Business, « North Africa online betting licensing gap », 11 septembre 2026
- Ministère des Finances (RD Congo), déclaration du ministre Doudou Fwamba, 29 septembre 2025, rapportée par mediacongo.net et Mining & Business
- LONASE, communiqué — liste des 17 plateformes de paris en ligne autorisées au Sénégal, juillet 2026 ; rapport OSIRIS
- Loi n°2015/012 du 16 juillet 2015 et décret n°2019/2300/PM (Cameroun) — analyse du cadre des jeux en ligne, casinonewsdaily
- Sichali, J.M. et al., « Regulation of gambling in Sub-Saharan Africa: findings from a comparative policy analysis », Public Health 214:140–145, 2023, https://doi.org/10.1016/j.puhe.2022.07.018
- DGPE (Direction Générale du Portefeuille de l'État, Côte d'Ivoire), rapport LONACI — chiffre d'affaires 2024 : 579,30 milliards de FCFA
- Actualité.cd, « Les opérateurs des jeux d'argent invités à s'enregistrer », 11 février 2026